Interview avec Cléa Vincent : « La pop française est vraiment une famille »

Durant la 34ème édition du festival Art Rock à Saint-Brieuc, nous avons eu la chance de rencontrer Cléa Vincent. L’étoile de la pop française nous avait déjà conquis avec son album profondément sensible « Retiens mon désir » sorti en octobre 2016. Depuis le 22 avril, c’est avec son nouvel EP « Tropi-Cléa » qu’elle nous fait danser. Plus rayonnante que jamais, l‘artiste à la musique entraînante et aux textes entêtants a accepté de nous livrer quelques mots.

Comment la pop française est-elle venue à toi ? 

C’est une très bonne question parce que j’ai toujours fait de la pop sans y réfléchir. J’ai eu une formation classique, puis jazz, mais j’ai l’impression que j’avais besoin d’une musique un peu plus directe. J’avais aussi besoin de chanter, de raconter des choses en français avec les couleurs et les outils de la musique jazz et classique. Je les ai finalement utilisé beaucoup plus simplement et c’est devenu de la pop. C’est comme ça que j’ai découvert que j’aimais cette musique. Tu fais les choses de façon très insouciante et tu rencontres des gens. À la base, ce n’était pas du tout réfléchi. Je pense que j’avais la clef en moi et que ça m’a ouvert les portes de cette famille. J’ai l’impression que la pop française est vraiment une famille.

La pop n’est-elle pas aussi un moyen de t’adresser plus facilement aux gens qu’à travers de la musique classique ou du jazz ? 

J’ai été formée au jazz parce que mes parents adoraient cette musique. Je sais qu’il y a pleins d’amis à moi qui ne l’aiment pas même s’il y a quelques morceaux qui restent universellement adorés, comme ceux de Nina Simone. C’est une musique qui est peut être moins accessible que la pop… Avec le temps, je me rends compte que ma musique plait à toutes sortes de personnes. En ce moment, je découvre que j’ai un public de jeunes enfants d’environ sept/dix ans, parce que leurs parents écoutent mes chansons. Ça me touche beaucoup. C’est bizarre que ça leur plaise et à la fois, je comprends parce que lorsque j’écris, je répète beaucoup de choses et je pense qu’ils ont besoin de ça. Dans « Achète le moi » et « Soulevant », je répète pleins de fois le mot, j’ai l’impression que ça ouvre leur imaginaire.

Récemment, tu as sorti l’EP « Tropi-Cléa » aux sonorités tropicales. D’où t’es venue cette envie de sortir un nouveau disque, bien plus solaire que l’album « Retiens mon désir » ? 

Quand j’ai fait le premier album, j’avais déjà les chansons de l’EP Tropi-Cléa sauf que je trouvais justement qu’elles étaient un peu trop solaires pour « Retiens mon désir ». C’est un album plus introspectif, un peu spleenesque. Un ou deux mois avant de décider de faire l’EP, j’ai écrit une dernière chanson qui correspondait à cette ambiance tropicale. Quand j’ai eu cinq chansons, je me suis dis que j’allais les sortir. C’est ce qui est chouette quand tu es dans un label indépendant; dès que tu sens que c’est le moment, tu réunis tes titres, tu imagines une pochette et trois mois plus tard, le disque est dans les bacs. C’est allé très vite. C’était tellement une envie et un plaisir que je me suis d’ailleurs rendue compte que le tropical était très à la mode ! Tout à coup, j’ai vu plein de trucs tropicaux dans les vitrines. Je n’avais pas du tout pensé à ça mais il se trouve que c’était le moment. Comme quoi, il faut toujours s’écouter et respecter son tempo intérieur !

Comment travailles-tu durant la création de tes disques ? 

Quand j’ai démarré, je composais seule. En 2014, j’ai rencontré Raphaël Léger, le batteur de Tahiti 80. Avant de le rencontrer, je cherchais quelqu’un, j’attendais quelqu’un qui allait m’apporter une consolidation rythmique. Tous les deux, on a hyper envie que ça groove. Je me suis rendue compte que l’on désirait les mêmes choses musicalement. Au départ, il a réalisé mes 2 EP puis il est entré dans le processus d’écriture. Aujourd’hui, on fait tout à deux parce que ça va plus vite et c’est plus facile. On est vraiment un binôme de création. J’écris aussi avec Kim Giani de temps en temps. Je ne suis plus du tout seule dans l’histoire et ça me plait de partager ces moments de compositions avec d’autres gens.

Quelles sont tes influences musicales ?

Dès que l’on écrit à plusieurs, on a toujours une chanson de départ qui est très personnelle. On ne commence pas de zéro à deux. Nous avons chacun nos influences. J’aime vraiment la pop. Je suis beaucoup l’actualité musicale avec Paradis, The Pirouettes, Polo & Pan, Juliette Armanet, Fishbach… Je pense que ce sont des gens qui m’influencent parce que j’adore leur musique. Après, je continue d’écouter beaucoup de jazz et de musique brésilienne. Je m’intéresse aussi à la scène indépendante américaine avec par exemple Mac DeMarco. Il y a des groupes super aux Etats-Unis. Raphaël (NDLR : Raphaël Léger, batteur) ça va être complètement autre chose, il va plutôt écouter de l’électro, du death metal… C’est drôle, chacun ses goûts. On arrive quand même à se retrouver.

As-tu des influences littéraires et cinématographiques ?

J’aime beaucoup la Nouvelle Vague du cinéma français. La littérature, je n’arrive pas à savoir à quel point ça influence mes chansons mais je pense que ça doit forcément un peu m’inspirer. Il y a des livres incontournables qui m’ont marqué, même ceux qu’on nous faisait lire au collège. J’ai en tête « La Princesse de Clève » qui est un amour impossible. Cette déclaration d’amour du Duc de Nemours à la princesse de Clève après des mois d’amour platonique… Ces moments forts que j’ai réçu étant adolescente, je pense que ça m’a marqué. Aujourd’hui, je lis surtout des bouquins de littérature japonaise comme Haruki Murakami car ce sont des nouvelles qui se lisent facilement. Je suis quelqu’un d’assez dispersé donc j’ai du mal à me farcir 500 pages.

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Ma matière première, c’est mes émotions. Au-delà de mes chansons, ça régit ma vie entière et c’est pour ça que je disais ne pas pouvoir travailler avec des gens que je n’aime pas. Généralement, quand j’écris une chanson c’est que j’ai vécu un bouleversement. D’ailleurs, j’en écris assez peu mais quand j’en écris, c’est une vraie nécessité. Soit je les nourris dans ma tête pendant quelques mois avant d’accoucher, soit c’est brutal. Souvent, j’ai vraiment le besoin d’écrire d’un coup. C’est toujours sur du réel qui peut être inspiré de la colère, de la jalousie… Ça peut être le manque, l’amour. Une envie peut aussi arriver en écoutant de la musique ou en regardant un film. Parfois, ça peut même venir d’une phrase de quelqu’un. C’est ce qui s’est passé sur le titre « Destination tropicale » avec « Destination tropicale, suspicion maximale ». Cette phrase est sortie comme ça au milieu d’une soirée et j’ai dit qu’il fallait absolument qu’on en fasse une chanson.

Tu dis te sentir libre, as-tu peur de perdre cette liberté avec l’évolution de ta carrière ?  

Je suis tombée dans plusieurs pièges mais j’ai un peu roulé ma bosse. En 2014, je suis repartie à zéro. J’ai construit une équipe à laquelle, petit à petit, j’ajoute des gens en étant très vigilante. Pour l’album, on était six/sept et je sais exactement qui je veux faire entrer pour le deuxième album. En l’occurrence, ce sera sûrement un éditeur. J’ai décidé qu’à chaque fois que je faisais rentrer une nouvelle personne, il fallait déjà qu’elle me plaise humainement. Il faut que ce soit quelqu’un que j’aime, quelqu’un avec qui je pourrais partir en vacances ! Je pense qu’en gardant ce rythme, peut-être que finalement dans vingt ans, j’aurais une équipe de 25 personnes, mais ce sera une famille.


Merci infiniment à Cléa Vincent pour sa gentillesse

Merci également à toute l’équipe d’Art Rock pour l’organisation de ces trois jours de festival.

 

Suivre Cléa Vincent sur :

© Image à la Une : Michelle Blades / Artwork by Lou Benesch de Gastines

Par Nina Uzan

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